Cet été, j’ai emmené mes filles faire de l’accrobranche. Rien d’extraordinaire en soi : un parc à dix minutes de chez moi, quatre parcours, de quoi passer un bon moment. Elles y étaient déjà allées il y a deux ans, mais cette fois, j’ai eu envie de grimper avec elles. Partager l’expérience. Être là, vraiment.

 

Comme il fallait les accompagner sur des parcours différents, mes parents sont venus avec nous. Ma plus jeune, six ans, ne pouvait faire que le circuit des petits. Et elle s’est éclatée — je crois qu’elle l’a enchaîné une dizaine de fois, infatigable. Quant à ma grande, sept ans, elle avait enfin accès à un parcours plus élevé. Alors je l’ai suivie.

Ce n’était pas la première fois que je faisais de l’accrobranche… mais ça faisait au moins quinze ans. Et en quinze ans, le cerveau change. Notre rapport au risque aussi. Là-haut, à plusieurs mètres du sol, sanglée dans un baudrier, j’ai redécouvert à quel point la peur peut surgir, même quand on est en sécurité. Même quand on est adulte.

Ma fille est passée la première, un peu hésitante parfois, mais courageuse. Je la guidais, je l’encourageais, et elle avançait. Elle était fière d’elle — et moi aussi. Lors de notre second passage, un petit garçon s’est glissé devant elle. Sept ans lui aussi, pas bien grand, visiblement seul. Il n’était pas confiant, mais il avançait, timidement.

Sauf que sur les tyroliennes, il était trop petit pour accrocher sa poulie tout seul. J’ai donc dû passer devant ma fille pour aller l’aider. L’encourager, l’assurer, lui tendre la main. La monitrice a dû grimper elle aussi, plusieurs fois. Et pendant ce temps, son père, sur un autre parcours avec un frère plus grand, ne réagissait pas. Les appels du petit restaient sans réponse. À la fin, c’est mon propre père qui l’a aidé à se détacher de son harnais. Sans un merci.

 

Ce n’est pas ce manque de reconnaissance qui m’a touchée — c’est ce sentiment d’injustice. Ce gamin n’aurait jamais dû être seul là-haut. La peur, quand elle surgit, a besoin de sécurité autour d’elle. D’un repère, d’un adulte, d’un regard bienveillant.

Après ce moment un peu rude, j’ai laissé ma fille faire une pause, et je suis allée essayer deux parcours plus difficiles. Plus hauts. Plus techniques. Avec beaucoup de tyroliennes et d’ateliers impressionnants. Et là, j’ai ressenti quelque chose de viscéral : le corps qui tremble, le cœur qui s’emballe, les mains moites. Ce n’était pas le vide en soi qui me faisait peur — c’était le cerveau, qui criait danger.

Et pourtant, j’étais parfaitement attachée, en sécurité. Tout allait bien. Mais mon cerveau ne voulait pas y croire. Il réagissait à l’inconnu, au déséquilibre, à cette impression de ne pas maîtriser.

 

Ce jour-là, j’ai repensé à plein d’autres moments de ma vie où j’ai ressenti exactement la même chose avant de : 

→ Monter sur scène.

Passer un entretien d’embauche.

Oser parler à quelqu’un.

Lancer une nouvelle offre.

→Prendre la parole sur LinkedIn.

 

Et même, bien avant tout ça, en Australie. J’y ai vécu un an, seule, à sillonner les routes. J’ai nagé avec des requins de récif, randonné dans des zones désertes, dormi dans ma voiture, croisé des serpents, des araignées, affronté des feux de forêt… Et sauté d’un rocher de sept mètres dans les eaux turquoise des Kimberleys. Je n’avais pas peur de l’aventure. J’avais peur de l’inconnu. Et c’est très différent.

 

 

La peur, ce n’est pas ce qui t’empêche d’avancer. C’est ce qui te rappelle que tu sors de ta zone de confort.

 

Certaines personnes n’osent jamais s’en éloigner. Je me souviens d’une amie, à mon retour d’Australie, qui m’avait dit : “Je t’admire tellement, moi je pourrais jamais partir seule comme ça.” Elle ne parlait pas d’un an à l’autre bout du monde. Elle parlait de partir un week-end, seule, dans une ville qu’elle ne connaissait pas.

À l’époque, j’étais tombée des nues. J’avais répondu : “Ben, j’ai pris mon sac, et j’y suis allée.” Je ne comprenais pas que ce qui me paraissait évident ne l’était pas pour tout le monde. Aujourd’hui, je comprends. La peur n’est pas la même pour chacun. Elle prend racine dans notre histoire, nos repères, notre éducation.

 

J’ai grandi entourée de personnes qui ne sortaient jamais du cadre. Mes parents, mes sœurs, mes amis : tous sont restés là où ils se sentaient à l’aise, là où tout était familier. J’ai été l’extra-terrestre de la bande. Celle qui tente, qui saute, qui bouge. Et ça a été lourd à porter, parfois.

 

Mais aujourd’hui, je côtoie des personnes qui osent. Qui explorent. Qui élargissent leur terrain de jeu. Et je me rends compte à quel point c’est précieux.

La peur n’est pas une faiblesse. C’est une boussole. Elle indique les endroits où l’on grandit.

 

Et si je devais te laisser avec une seule idée, ce serait celle-ci : tu n’es pas obligé·e d’avoir zéro peur pour avancer.

 

Tu peux avoir peur, et y aller quand même.

 

Sur ce, la bise.

Audrey

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